Troubles politiques à Madagascar

Les informations ci-dessous sont un résumé de l'escalade de la crise politique qui se déroule actuellement à Madagascar. Voici une copie d’un article extrait de la dernière newsletter de l' Anglo-malagasy Society (cercle anglo-malgache) pour vous informer sur l’agitation politique qui règne à Madagascar. Cependant, nous sommes dans l'incapacité de mettre cette page à jour, veuillez donc vous reporter aux liens figurant en bas de page pour suivre de plus prés la situation actuelle qui semble en ce moment évoluer presque toutes les  heure

Political events in Madagascar

Madagascar est en proie à une sévère crise politique caractérisée par une poussée de violences et un nombre grandissant de victimes. Au centre des tensions s'affrontent le Président Marc Ravalomanana et son parti TIM et, Andry Rajoelina, fondateur de Tanora malaGasy Vonona (TGV) qui a été élu maire de la ville d'Antananarivo en décembre 2007. Les troubles les plus sérieux ont eu lieu dans la capitale, cependant, l'agitation règne sur tout le territoire. Au moment de la rédaction de cet article, aucun signe d'arrêt de crise ne semble se profiler malgré des tentatives de compromis et de pourparlers de la part de médiateurs.

La crise a une origine économique et sociale. La pauvreté persistante de la majorité des Malgaches malgré l'apport d'argent dans l'industrie minière se combine à une impression de plus en plus forte d'un régime présidentiel plus autocratique. Des disputes se sont succédées entre le gouvernement et la Commune Urbaine d'Antananarivo (CUA) sur des questions comme les finances ou le rôle du CUA dans l'accueil du sommet de l'Union africaine cette année, ou bien des critiques de la part de Rajoelina au sujet de pressions exercées sur ses intérêts commerciaux. De plus, la proposition de réforme du gouvernement sur les partis politiques a activé un renouveau de différents partis d'opposition.

De nombreux problèmes ont contribué à précipiter les événements vers leur dénouement tragique. En novembre, l'annonce de louer un vaste territoire à Daewo Logistics de Corée a provoqué un tollé, ainsi que l'achat prévu d'un nouvel avion au prix de 60 millions de livres sterling pour l'usage du président qui d'ailleurs, effectua de nombreux voyages à l'étranger en 2008. Notamment, le 17 décembre, la décision du gouvernement de fermer la chaîne de télévision Viva immédiatement après la diffusion d'un entretien avec l'ancien président Didier Ratsiraka poussa Rajoelina, le propriétaire de la chaîne, à lancer un ultimatum une semaine plus tard pour sa réouverture avant le 13 janvier. De nombreux membres de l'opposition se sont ralliés à lui dans sa querelle avec le président.

Voici une brève chronologie des événements de janvier à février :

Janvier

9 : Rajoelina ne se rend pas à la cérémonie du Nouvel An du président et organise la sienne, lors de laquelle il exige que son mandat dure 4 ans.

10 : Le consulat français recommande à ses compatriotes d'éviter le centre de Tana où le préfet interdit tout regroupement en plein air, prétextant une récente évasion de prison.

11 : Ravalomanana effectue une visite dans les provinces et reçoit les chefs du FFKM.

12 : Une réunion extraordinaire du parlement a lieu pour débattre sur la proposition de réforme sur les partis politiques, avec entre autres une interdiction de diriger un parti sur quiconque ayant reçu une condamnation.

13 : Les votes du parlement sont de 118 contre 2 en faveur de la loi du nouveau parti et du changement consécutif à la constitution. Ravalomanana campe dans ses positions de ne pas céder à l'ultimatum le dernier jour.

14 : Rajoelina annonce ses projets d'inaugurer une Place de la démocratie à Ambohijatovo le 17.

15 : Roland Ratsiraka, ancien maire de Toamasina, exprime son mécontentement lors d'une conférence de presse. Le nonce apostolique formule ses inquiétudes sur la liberté d'expression et les libertés civiles.

17 : Une importante foule se rassemble pour écouter le discours de Rajoelina : il appelle à la réouverture de la chaîne Viva et à la démission de deux ministres avant le 21.

18 : Rajoelina se prépare à redémarrer sa chaîne mais son autorisation est rejetée.

21 : L'ultimatum de renvoyer les ministres passe ; Ravalomanana rend visite à différents quartiers de la capitale.

22 : Rajoelina annonce qu'il a l'intention d'arrêter un contrat de bail que la capitale avait passé avec MBS, organisme de radiodiffusion appartenant au président.

23 : A Mahajanga, Roland Ratsiraka appelle au renversement du président

24 : Deux personnes sont tuées par balles et vingt autres sont blessées dans les manifestations à Tana ; Rajoelina appelle à la grève générale le 26 et à la démission du gouvernement, en affirmant qu'il serait prêt à diriger un gouvernement transitoire.

25 : A son retour d'une assemblée de la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe) en Afrique du Sud, Ravalomanana déclare qu'il ne tolèrera aucune violation à la constitution.

26 : Des milliers de personnes se rassemblent dans les rues de Tana pour manifester ; les bureaux de la radio nationale sont pillés, ainsi que des magasins et des bâtiments appartenant au groupe TIKO de Ravalomanana.

27 : Les pompiers découvrent au moins 25 corps dans un des bâtiments pillés ; l'estimation du nombre total de morts varie entre 30 et 100. Rajoelina appelle à <<une ville morte>> pour les deux prochains jours. Dix personnes au minimum décèdent dans les régions de Sofia et Sava.

28 : Un couvre-feu est mis en place dans la capitale et d'autres villes comme Antsirabe et Toamasina. La communauté internationale appelle au dialogue.

29 : Le chef de la gendarmerie nationale, général Lucien Raharijaona est renvoyé et remplacé par le général Pily Gilbain. Rajoelina plaide en faveur d'une sorte de cohabitation dans un gouvernement transitoire (âgé de moins de 40 ans, sous la constitution, il n'a pas le droit de devenir président).

30 : Ravalomanana se rend à Toamasina, Toliary et Mahajanga. Rajoelina rencontre des ambassadeurs et le FFKM.

31 : Rajoelina demande que le président démissionne pour trahison et violation de la constitution et s'octroie le pouvoir exécutif. Le président appelle au calme et déclare que Rajoelina est allé trop loin. L'Union africaine condamne tout changement illégal de régime.

Février

2 : Rajoelina dépose une demande d'abdication du président auprès de la Haute Cour Constitutionnelle (HCC)

3 : La HCC rejette la demande de Rajoelina. Le gouvernement désigne Guy Randrianarison comme président de la délégation spéciale (PDS) pour la ville d'Antananarivo. Ravalomanana se rend à Taolonaro et Antsiranana. Rajoelina demande qu'un sit-in ait lieu et que ses supporters s'emparent du <<fokontany>>.

4 : Rajoelina désigne Michele Ratsivalaka comme son successeur à la tête de la CUA.

7 : Rajoelina nomme Monja Roindefo (fils de Monja Jaona) comme premier ministre dans son <<propre gouvernement>>. La garde présidentielle (ou militaire ou un groupe de mercenaires, variant selon les sources) tire sur une foule de manifestants marchant en direction d'Ambohitsorohitra ; il est estimé que 28 personnes ont été tuées et plus de 100 ont été hospitalisées. Le président exprime ses condoléances mais réprouve les actions des manifestants et réclame un retour à la normale. Rajoelina impose une journée de deuil.

8 : Le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, déplore la tournure des événements et plaide en faveur d'un dialogue.

9 : La ministre de la défense, Mme Cécile Manorohanta, donne sa démission suite aux effusions de sang. Un haut fonctionnaire de l'ONU rencontre Ravalomanana.

Mardi 10 février : Rajoelina ne manifeste pas d'opposition à une réunion des supporters de TIM et demande à ses propres supporters de ne pas descendre dans la rue. Une délégation de la Commission de l'Océan Indien (COI) fait son arrivée, avec entre autres Alain Joyandet, le secrétaire d'état français chargé de la Coopération et de la Francophonie.

Mercredi 11 février : Une importante réunion rassemble les supporters de TIM sous la pluie à Tana ; Ravalomana les salue, mais pas en personne. L'ambassadeur des Etats-Unis déclare qu'il y a eu un bon départ aux efforts de médiation. L'Union Africaine dépêche un envoyé spécial, Amara Essy.

Jeudi 12 février : Monja Roindefo annonce le nom de quatre membres de son gouvernement provisoire : Ny Hasina Andriamanjato, le ministre des affaires étrangères; Jean Claude Rakotonirina, le ministre du commerce; Mme Razanamahasoa Christine Harijao, la ministre de la justice; et Rakotovao Mario Jean Florent, le ministre de l'environnement. Ravalomanana reçoit Amara Essy, qui attire l'attention sur l'urgent sommet de l'Union africaine. Le Conseil d'Etat soutient le choix de Guy Randrianarison en tant que PDS (président de délégation spéciale) pour Tana.

Vendredi 13 février : La COI déclare avoir eu des discussions encourageantes avec les deux parties, et le FFKM (Conseil des églises chrétiennes)annonce avoir un accord de principe pour continuer le dialogue. Le Premier ministre Rabemananjara reçoit Essy, il qualifie la crise d'interne et considère qu'il appartient aux Malgaches de la régler. Monja Roindefo interrompt la nomination de ministres afin de respecter les souhaits de la communauté internationale.

Samedi 14 février : Ravalomanana s'adresse à une large foule à Tana et annonce qu'une enquête indépendante va avoir lieu sur les récentes morts. Rajoelina appelle à la fin du dialogue et à la démission de Ravalomanana. L'équipe de Rajoelina affirme que le groupe TIKO doit 240 milliards d'ariary à l'état, soit un quart provenant de l'achat d'un avion présidentiel. Monja Roindefo nomme deux nouveaux ministres, dont Raonenantsoamampianina, un ancien chef de l'armée, à la défense.

Lundi 16 février : Une première tentative par les supporters de Rajoelina d'occuper les locaux du ministère échoue.

Mardi 17 février : Ravalomanana reçoit le corps diplomatique en présence d'envoyés de l'ONU, de l'UA et du FMI, il déclare être ouvert au dialogue.

Mercredi 18 février : Les supporters de Rajoelina organisent un sit-in de plusieurs heures pour bloquer l'accès aux ministères. Les deux parties se rencontrent pour de nouveaux débats.

Jeudi 19 février : Les supporters de Rajoelina occupent quatre ministères sans effusion de violence. Le ministre de l'intérieur est remplacé pour des raisons de santé par Rabenja Sehenoarisoa. Ravalomanana reçoit des délégations des représentants du Parlement et lance un appel au calme, il reçoit aussi le SADC (Communauté de développement d'Afrique australe) et le FFKM, ce qui laisse entrevoir une possible entrevue entre les deux protagonistes. La chaîne de télévison Viva affirme que Lala Rasendrahasina, le chef du FJKM (l'église protestante du pays), a utilisé son droit de véto pour empêcher le FFKM de condamner le carnage du 7 février. Les forces de l'ordre barrent la route à un rassemblement de manifestants à Toamasina.

Vendredi 20 février : Les forces de l'ordre arrêtent 50 personnes alors qu'elles reprenaient leurs places dans les quatre ministères occupés par les supporters de Rajoelina. Ce dernier demande au haut commandement militaire de lui rendre visite dans la soirée. Jean Théodore Ranjivason, un ancien ministre qui a rejoint l'opposition, est arrêté.

Samedi 21 février : Ravalomanana et Rajoelina se rencontrent enfin, dans une ambiance décrite comme fraternelle. Les deux parties s'accordent sur la nécessité de mettre fin aux manifestations, au pillage, aux arrestations politiques et à la désinformation, représentant aussi un prélude à des discussions ultérieures.


Lundi 23 février : Des manifestations d'opposants ont lieu hors de la capitale.

Mardi 24 février : Les discussions continuent malgré le silence fait sur cette affaire dans les médias.

Mercredi 25 février : Echec des pourparlers ; Ravalomanana ne se présente pas au rendez-vous. Il rend visite à Toamasina et Mahajanga.

Jeudi 26 février : Ban Ki-moon détache Haile Menkerios en tant qu'envoyé des Nations Unies pour rétablir le débat.

Vendredi 27 février : Trente groupes d'opposition s'unissent à Rajoelina. L'ancien sénateur Robert Razaka est arrêté. Les forces de l'ordre tuent un homme et en blessent au moins dix lors de manifestations à Fianarantsoa.


Ce sommaire se base sur des informations recueillies auprès d'agences internationales comme la BBC, AFP et Reuters et aussi auprès de différents journaux de Madagascar tels La Tribune, L'Express et Les Nouvelles.

Enjeux économiques et sociaux

La saison des cyclones s'annonce mal, ce qui ne va pas sans accentuer la crise politique : elle a déjà engendré des morts et de nombreux dégâts sérieux. Le cyclone Fanele est responsable de grands problèmes et de 10 morts (estimation) fin janvier; un autre orage a frappé l'île le week-end du 7-8 février.

La crise politique va sans aucun doute entraîner une grosse perte de revenus venant du tourisme car les voyages ont été annulés et elle va aussi dissuader les investisseurs. Les investissements dans le secteur minier jusqu'ici considérables ont commencé à montrer des signes de ralentissement dûs à la nette baisse du prix des produits miniers l'an dernier. Le FMI a momentanément bloqué les attributions de capitaux, ainsi que le gouvernement des Etats-Unis, tandis que l'Union européenne a déclaré devoir suspendre tout décaissement de fonds afin d'examiner plus soigneusement bon nombre de contrats en 2008.

Si vous désirez de plus amples renseignements

Un quotidien d'Antananarivo et une chaîne de télévision (en français) en ligne Midi Madagascar: www.dts.mg/midi

Madagascar Tribune: www.madagascar-tribune.com

MA-TV: www.matvonline.tv

Sobika Generation www.sobika.com

BBC News - www.bbc.co.uk et Images of the unrest

Madagascar News: www.madagascarnews.com/

All Africa. com: http://allafrica.com/madagascar/